Pølår Comment écrire un polar suédois sans se fatiguer

05/12/2018

En ce début décembre, j'ai rendez-vous au théâtre Montmartre Galabru pour assister à "Polar Comment écrire un polar suédois sans se fatiguer". Le moins que l'on puisse dire c'est que le titre en dit "long" sur la soirée à venir.


A mon arrivée dans le théâtre, le rideau est levé. Au milieu de la scène, trône le titre de la pièce, enfin juste "Pølår", le titre entier mordrait sur une partie des coulisses. Dès les premières secondes, le public est plongé dans l'ambiance scandinave. Pas seulement parce que le décor sacrément bien conçu pourrait être sponsorisé par Ikea (fauteuil à roulettes très pratique pour les changements de décors) mais également grâce l'accueil chaleureux de gentils vikings, armés jusqu'aux dents, désireux d'en découdre et faisant la gueule. Bienvenue en Suède semblent-ils dire en frappant leur gourdin dans la paume de la main. Au delà de ces sympathiques personnages moustachus et vêtus de peaux de bête, toute la soirée sera placée sous le signe des stéréotypes de la culture suédoise : les musiques et costumes d'ABBA (mon amie Dominique était ravie), le petit drapeau caché dans la plaque minéralogique de la voiture 3761QR, les villes aux noms à rallonge...


Polar. Comment écrire un polar suédois sans se fatiguer. Vaste réflexion. Qui dit polar, dit enquête. Qui dit enquête, dit crime. Qui dit crime, dit coupable... Qui dit coupable, dit histoire... L'inspecteur Ake Larsson enquête sur le meurtre d'une petite fille sauvagement assassinée un peu comme dans shining. A partir de là tout va s'enchaîner dans une mise en scène riche et drôle : des scènes de police scientifiques, de la danse contemporaine illustrant la poésie nordique, des passages à tabac sur de la musique digne du dernier Hellfest, un jeu de télé-réalité promotionnel, et même des scènes érotiques. Sur ce dernier point, j'avais beau savoir que les scandinaves sont natures, moi j'étais choquée ;-)... et je l'ai même fait savoir :-))). Et pendant que l'intrigue policière se joue, par un jeu subtile de rupture du quatrième mur, les acteurs vont en fait nous donner un cours magistral pour nous apprendre les trucs et astuces pour écrire un polar à succès... et gagner du pognon par la même occasion sinon ça ne serait pas la peine.


Côté jeu, les cinq acteurs vont enchaîner un éventail de personnages les plus loufoques les uns que les autres : l'inspecteur Ake Larsson, le boss incapable, la journaliste qui contrarie toujours le boss, le collègue, l'excentrique, la vieille tante acariâtre, un vendeur de hot dog, de sushi... le tout dans un registre artistique extrêmement varié, la danse et le mime ont d'ailleurs la part belle. Il est à souligner le joli travail de masque en mode cartoons de Tex Avery. En outre, les acteurs enchaînent les scènes avec une précision de métronome. Tout semble être calculé au temps près tout en gardant une certaine spontanéité. 


Pour finir, l'originalité de cette pièce réside principalement dans le fait qu'elle ne se structure pas comme une comédie classique avec un début, un milieu, une fin et l'amant dans le placard. Polar est construite sur deux plans : la méthode pour écrire un polar avec pour toile de fond une enquête policière. En gros, une histoire dans l'histoire, scénettes à l'appui. 
Bref, cette pièce est une vraie trouvaille dans le monde de la comédie. On ne peut que lui souhaiter de rester le plus longtemps possible à l'affiche, affiche qui s'inspire d'ailleurs des codes couleurs des romans noirs scandinaves. Tout est vraiment dans le détail, sont forts ces Vikings...

Et maintenant, à vous de jouer!
Maria-Nella

D'après une bande dessinée de Henrik LANGE
Une création de Marc RISO
Avec en alternance : Victoire CHARVAL, Rémi JOHNSEN, Thomas LEMAIRE, Louis OULD-YAOU, Julien PORTUGAIS, Hubert ROULLEAU, Macha ISAKOVA
Décors : JYAC Lemaire
Création lumières : Mickaël BOUEY

Chorégraphie : Vanessa VILLAIN
Le retour du nabot Léon

Théâtre Montmartre Galabru - 4 décembre 2018