En apesanteur

07/10/2018

Il est 18h et je pénètre pour la première fois dans le théâtre du marais, mon 88e théâtre sur les plus de 300 que compte Paris. La salle est chaleureuse et accueillante. A peine installée, les comédiens emboîtent le pas au public et montent sur scène. Autant dire qu'on part pour une pièce dynamique non sans me déplaire. Je suis calée au dernier rang et dès les premières secondes, je remarque les chaussures en mode boule à facette de la comédienne et me demande si elles iraient bien avec ma petite robe noire. Mais je m'égare et revenons à notre pièce.

Deux inconnus que tout sépare se retrouvent bloqués dans un ascenseur le jour du réveillon du nouvel an. Benjamin, l'avocat talentueux, éternel célibataire, "un rien" dragueur, et Zoé, la jolie plante, qui aurait pu être Miss Météo, auteure de livres pour enfants, romantique mais un rien déprimée.

Doublement coincés, entre deux étages et entre ces quatre murs de métal, on se dit qu'on est parti pour une heure de tergiversation philosophique et j'ai peur que cette pièce ne reste confinée dans cet espace réduit. Et bien pas tout à fait. Car très vite, les parois de l'ascenseur tombent pour laisser place à un univers assez varié fait de répliques cultes du cinéma français et hollywoodien, de théâtre classique et de réflexions existentielles. Peut-on tout défendre et à quel prix? Les hommes et les femmes sont-ils vraiment faits pour vivre ensemble? Le port de la moustache reflète-t-il notre personnalité? L'intervention d'un troisième protagoniste (le gentil voisin venu donner un coup de main) rajoute une note originale à l'histoire car ce dernier va à la fois endosser le rôle d'un présentateur TV, d'un médiateur et du spectateur des coups de gueule détonants de nos deux tourtereaux. Et oui, coincés plusieurs heures dans un espace confiné, ça rapproche. 


Dans cette pièce aux étages parsemés d'embûches, le public est également mis à contribution. En effet, on peut compter plusieurs ruptures assez originales du quatrième mur (je n'en dis pas plus). Parfois même... quand les comédiens ne s'y attendent pas. Assez à l'aise avec les interventions spontanées et poussée par un public assez timide, j'ai tenté ce soir là, comme à mon habitude, d'intervenir subtilement (on n'est pas là non plus pour perturber les comédiens). Au moment de l'échange des consentements (et oui, je vous l'ai déjà dit, les espaces confinés, ça rapproche vraiment), Benjamin reste un moment silencieux après la phrase : "promettre de l'aimer, de la chérir et SURTOUT de lui rester fidèle"... Après quelques secondes, le silence se voit alors brisé quand je lâche un "oups" bien placé. Résultat, le public est mort de rire et je crois lire un sourire sur le visage du prêtre. 

Super l'intervention de Bruce Willis (si, si je vous jure). Enfin plutôt de sa voix française, allias Patrick Poivey. On a l'impression que d'un moment à l'autre, Bruce va pénétrer sur scène en mode Die Hard, life as it should be (les amateurs de pub comprendront la référence) pour sortir nos trois acolytes du pétrin! Car il leur en faudra de la patience déjà pour se supporter et pour passer le temps en se disant qu'on loupe peut-être le réveillon du siècle en attendant Saint Bernard (Pas le chien! Le réparateur voyons! :-) ).

Pour conclure, cette pièce est une très jolie surprise haute en couleur et qui a égayé un dimanche après-midi gris et pluvieux. Et comment ne pas fredonner la chanson de Calogero quand on va voir cette comédie? D'ailleurs pour être tout à fait franche avec vous, j'ai regardé le clip avant d'aller au théâtre, au cas où il y aurait des références à la chanson : "pourvu que les secondes soient des heures..." Et très honnêtement, on ne voit pas passer les 3600 secondes de cette pièce qui va de surprise en surprise et où on rigole beaucoup.

Et maintenant, à vous de jouer!
Maria-Nella


De Thibaut MARCHAND et Leah MARCIANO
Avec (en alternance) : Arnaud LAURENT, Hadrian LEVEQUE, 
Aurélie CAMUS, Floriane CHAPPE, Thibaut MARCHAND
Voix : Patrick POIVEY

Théâtre du marais - 7 octobre 2018