Dormez je le veux!

12/01/2019

On n'a pas idée de sortir un samedi soir par un froid pareil... sauf quand on est une mordue d'art dramatique. Ce soir c'est en compagnie de mon amie Caroline* que j'embarque au Théo Théâtre pour un Feydeau, Dormez, je le veux.

Dès les premières secondes de la représentation, j'ai le sentiment que nous allons passer un moment fort amusant. En effet, à peine les lumières éteintes, la musique de la danse des petits pains de Sir Charles Spencer Chaplin, dit "Charlot" retentit ce qui est plutôt très bon signe. Et ce sentiment va perdurer tout du long. Vous me direz sans doute que je ne me mouille pas trop car quand on va voir un Feydeau, généralement on n'y va pas pour assister à un drame.

Boriquet est un aristocrate fortuné, précieux (voire un rien efféminé), exigent avec ses employés et qui ne rêve que d'une chose, faire un mariage d'amour... financier. Pour arriver à ses fins, il convoite Emilienne, la fille physiquement inintelligente et un rien frappadingue d'un grand médecin, Allemand pour l'occasion, Herr Doktor Valencourt. Le hic, c'est que Justin, valet de Boriquet, ne voit pas d'un très bon œil ce mariage. En effet, Justin est doté de dons d'hypnotisme lui permettant de faire réaliser à son maître son travail à sa place. En gros le vrai patron c'est lui et ce mariage risquerait donc perturber l'organigramme. Justin va donc mettre toute son énergie et ses dons à faire capoter cet union.Dans cette interprétation, ce texte du 19e nous est livré à une sauce plutôt moderne et décalé. En effet, tour à tour les comédiens interprètent (en play back) des chansons françaises qui viennent illustrer les scènes ce qui donne à la représentation un côté pétillant. Avis aux fans de Brel et Brassens, vous êtes prévenus!Pour ce qui est du décor, celui-ci est sobre et efficace. Les quelques portraits du maître de maison illustrent bien l'égocentrisme de Boriquet qui pense être le seul maître à bord. Grave erreur... Car son valet ne compte pas utiliser sa malice au service de son maître (pas comme une certaine Toinette dans le malade imaginaire). Le travail sur le masque est également à souligner notamment dans les scènes d'hypnoses. Enfin, les quelques ruptures du quatrième mur, viennent donner une touche finale assez réussie à la mise en scène. D'ailleurs, j'ai noté que certains spectateurs avaient peur de se faire chercher des poux dans la tête.

Et tout s'enchaîne avec justesse : des moments de dynamisme, aux instants plus calmes, des portes qui claquent, des situations surréalistes voire même mystiques... Il ne manquait plus que l'amant dans le placard.

Je tiens à saluer l'interprétation de tous les comédiens qui dans leur registre étaient hilarants. Mention spéciale à Alexandre Guédé dans son rôle du domestique Eloi, et qui a la fin de la pièce se met en scène bouteille de "pinard" à la main en mode clochard. Il ne m'en faut pas plus pour me faire rire. Bravo!

Bref, cette interprétation de Dormez je le veux est un savant mélange entre un texte du 19e et une mise en scène moderne et drôle du 21e, largement saluée par le public au moment du tombé de rideau. Caroline en avait mal aux mains. Et très honnêtement, la soirée était peut-être très fraîche, rire autant nous a vite réchauffé.

Et maintenant, à vous de jouer!
Maria-Nella

Saynete & sans bavure

Texte : Georges FEYDEAU
Mise en scène : Sylvie AUGER
Avec (en alternance) : D.ATAY, B.BATINI, O.BAUWENS, A.BIDOU, L.BONMARTEL, F.CELESTIN, I.DEGRAEVE, A.GUEDE, A.KOB, S.LUMBRERAS, L.NOURY, S.THERON

*le prénom a été changé

Le Sham's - Avignon