Le ticket gagnant 

18/08/2018

Le ticket gagnant c'est avant tout une histoire de copains... et de pognon. Et quand le pognon s'en mêle, c'est un sacré grain de sable, voire tout Paris plage s'infiltrant dans les rouages de l'amitié. Car face à un million d'euros, les beaux principes ne pèsent pas lourd.

Le rideau se lève sur un décor digne des plus beaux magazines déco (bravo au scénographe). Quatre vieux copains que tout oppose fêtent leur 15e Noël ensemble. L'entrepreneur friqué voyant l'avenir avec un grand A comme dans argent ; son épouse bobo-artiste en "art contemporien" et qui ne rapporte pas un tune ; un thésard raté, père au foyer, pique-assiette et profitant de la CMU ; et sa femme (n'apparaissant pas sur scène car gardant les gosses pour l'occasion) soutien de famille, qui se tue au boulot pour nourrir tout son petit monde. Comme tous les ans, pour pimenter leur réveillon nos acolytes jouent au loto pour le tirage du 24 décembre et comme tous les ans ils espèrent que le père Noël sera sympa avec eux. Sauf que contrairement aux autres années, cette fois-ci le père Noël leur sortira de sa hôte un ticket gagnant. A partir de là tout un tas de questions se pose : comment partager équitablement ? Que faire de cet argent ? Le quotient familial est-il pris en compte dans le calcul ? Bref, chacun essaye de tirer la couverture (dorée) à soi.

Face à l'appât du gain, il parait bien difficile pour nos quatre protagonistes de garder le masque de l'hypocrisie très longtemps. Ces derniers auront largement temps de passer à la caisse pour payer l'addition, certains même au prix fort. Parce que dans cette pièce ce "putain" de ticket (surveille ton langage, merde!) va littéralement mettre le feu aux poudres et faire exploser des conflits insoupçonnés qui sommeillaient depuis des années.

Dans cette comédie tous les (bons) ingrédients sont réunis et le public est vite happé par l'intrigue. Des personnages décalés, en totale opposition, des caractères puissants se révélant au fur et à mesure, un rythme de jeu allant crescendo jusqu'au point de rupture et des coups de théâtre à n'en plus finir. Je tiens à souligner les scènes très marrantes s'inspirant de la vie courante. J'en veux pour preuve le récit du Flamby qui ne veut pas descendre dans l'assiette (comme dans la pub) à cause de la languette déchirée et qui fini par devenir un "caca de flamby" (dans le texte). Tous les parents, tontons, tatas voire les grands enfants que nous sommes ont vécu cette scène d'angoisse au moins une fois. Bref, en sortant du théâtre avec mes copains, je remarque que le public a littéralement la banane. Pour le coup, ce ticket là était vraiment gagnant.

Pour conclure, j'ai toujours entendu dire que si on ne voulait pas s'engueuler avec ses potes ou sa famille, il fallait éviter trois sujets : la religion, la politique et le foot. Dans ticket gagnant, on pourrait en rajouter un quatrième : le fric. Moralité, choisissez bien les potes avec lesquels vous jouez au loto. Car comme le dirait Al Pacino dans le Parrain 3 : "l'argent et l'amitié, c'est l'huile et l'eau".

Et maintenant, à vous de jouer.
Maria-Nella 

De Tristan ZERBIB et Virginie CALOONE

Mise en scène Christian SEGURA

Interpètes Brice ORMAIN, Adeline ZARUDIANSKY et Tristan ZERBIB

Comédie Bastille - 18 août 2018